Bus de Caen Art & Culture

Chroniques d’un normand d’adoption Chapitre 2


Par Guillaume Pracht.

 Combien légendaire est le caractère d’un normand, qui dans l’imaginaire collectif se révèle aussi têtu qu’une mule et résolument indécis ! L’héritage des anciens scandinaves, m’a t’on dit. Et pourquoi ne pas partir à la rencontre des gens que je fréquente désormais tous les jours, en croisant mes observations aux préjugés folkoriques ? Après une première chronique relatant mon arrivée dans la région dans le numéro précédent, c’est l’occasion de faire découvrir aux cliquois ce qu’un alsacien pense d’eux au travers de quelques clichés tenaces à propos des normands.

P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non…

Ah ! Que cette réponse a eu le don de me laisser perplexe, notamment au niveau professionnel. Rien ne semble décidé, tout est dans l’attente et l’expectative. Au début, je dois admettre que je prenais cela pour une forme de nonchalance. Cependant, je me suis rendu finalement compte que c’était une forme de sagesse. Loin du feu intérieur des méridionaux et de leurs excès de langage fleuris, il s’agit plutôt d’une tactique destinée à attendre le bon moment pour agir. Par ailleurs, avec mes habitudes d’alsacien parfois emporté et exagéré, on m’a même déjà dit : “T’es pourtant pas un marseillais, toi !”. La messe est dite.

Nom di diou, y’r’pleut !

C’est avec une légère déception que j’admets ne pas encore avoir été confronté au patois normand. Par contre, qu’est ce que je peux entendre parler de la pluie et (plus rarement) du beau temps ! Un sujet de conversation incontournable, où le vocabulaire pour décrire le temps maussade est aussi riche qu’un poème. Avec un collègue partageant lui aussi le statut de normand d’adoption, nous regardons souvent le ciel maussade en fronçant les sourcils, maudissant l’eau qui tombe régulièrement sur nos têtes sous toutes les formes possibles et imaginables. L’hiver, il est tout à fait possible d’alterner brouillard, vent, pluie et neige… parfois en même temps ! Des giboulées tout l’année, imprévisibles et sournoises.

Une pure vache normande entêtée…

L’expression ne vient pas de moi, mais d’un normand pure souche avec qui j’ai récemment discuté. Drôle de façon de se présenter à un inconnu ! J’ai ressenti une profonde fierté mais également une touchante tendresse dans la manière dont ce normand parle de lui-même. L’entêtement n’est pas qu’un synonyme d’un caractère difficile, c’est aussi et surtout une façon de faire comprendre que lorsqu’un normand s’attache à vous, c’est avec tout son coeur et ses tripes. Une anecdote qui exprime parfaitement cet état d’esprit me revient à l’esprit, en prenant le bus à Caen. Le conducteur , étant gêné de ne pas avoir pu me rendre les 10 centimes de monnaie qu’il me devait, a arrêté en pleine rue déserte un collègue de la même ligne pour lui demander de vitre à vitre un peu de liquidités, afin de me rendre mon dû. Incroyable ! Je fus aussi ravi qu’agréablement surpris par cette spontanéité.

Bus de Caen

Je pourrais partager des pages et des pages d’anecdotes de rencontres avec les habitants du cru, souvent très amicaux et bavards avec moi. Ainsi se termine cette seconde chronique d’un normand d’adoption, dont la prochaine sera probablement dédiée à la découverte d’un grand monument de la culture normande : la cuisine ! A bientôt, chers lectrices et chers lecteurs, dans un prochain numéro de Clicdanstaville.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *